“Albin” de Martin Harnicek (Monts Métallifères, 2026)
Devrions-nous avoir peur de vous dire que ce petit livre diabolique fut du pur nectar pour notre fin d’année 2025 ?
"Albin", premier livre de l’auteur tchèque Martin Harniček, est le nouveau né de la collection Pb82 des Monts Métallifères, celle qui fait mal. Après le génial "Mon Travail n’est pas terminé" de Thomas Ligotti, "Viande" du même Harniček, et "Gagner sa Mort" de Griselda Gambaro.
Commençons avec ce premier livre de Harniček. Originellement publié sous le manteau dans des éditions très artisanales, il fut ensuite proprement édité outre-Atlantique en tandem avec « Viande » en 1981, et finalement, il arrive en France en ce début 2026. Croyez-le ou non, avec « Albin », nous avons dorénavant fait le tour des œuvres de son auteur. Deux livres secs, assumés, tranchants, émaciés, radicaux, fatals.
« Albin » nous aura accompagné durant toute la période des fêtes et il fut un véritable délice, comme un sirop contre la toux dont nous prendrions une petite cuillère avant d’aller nous coucher. Et pourtant, il fait parti des livres les plus cruels que nous ayons lus, parmi les plus intelligents également dans la construction de son monde, de ses rapports sociaux, et de sa mythologie. Rien n’est gratuit avec Martin et c’est ce qui distingue ses livres de la mêlée et les rend si profonds et intéressants au-delà de leur facteur sensationnel, de l’électrochoc qu’ils pourraient procurer. On fait exprès de ne pas trop vous en dire, afin que la découverte soit totale.
« Albin » nous raconte l’ascension d’un petit génie du Mal dans un société totalitaire au Parti unique et total. Cent-cinquante pages qui débordent pourtant d’idées pour donner corps, vie et crédibilité à un univers autoritaire, malsain, où la régulation de la population est centrale, à travers la « dévitalisation » des individus.
« Albin » a tout d’un récit annonciateur de la société à venir dans « Viande », dystopie cannibale de son état, et à ce titre il est d’autant plus appréciable de le lire en connaissance de cause. Un vrai bonbon qui fond sur la langue. Mais si, vous verrez.