“Le Locataire chimérique” de Roland Topor (Libretto, 2011)

Ce n’est un secret pour personne : les personnages mesquins, petits, misérables, ne nous dérangent absolument pas. Nous les apprécions même plutôt beaucoup. Nous ne sommes pas seuls, et Roland Topor leur rend un hommage magnifique en 1964 avec son premier roman « Le Locataire chimérique ».

Présenter Roland Topor pourrait être l’objet d’un écrit à part entière. On vous dira qu’il est une des têtes créatives derrière « La Planète sauvage » (scénario et dessin) ou le très atypique film « Marquis » (scénario, dialogues, direction artistique), qu’il a été acteur notamment chez Raoul Ruiz ou Werner Herzog, et qu’il a collaboré au journal Hara-Kiri. Bref c’était un artiste fantasque, qui n’avait pas l’air d’être le dernier pour rigoler, plutôt clownesque, du genre à ne pas se prendre au sérieux, et dont l’univers était florissant et ludique.

Alors ce locataire chimérique ? Et bien c’est l’histoire d’un jeune trentenaire qui est prêt à tout pour trouver un logement dans un Paris rempli de taudis hors de prix. Après moult compromis, négociations féroces, et génuflexions, le voilà locataire d’un petit quelque-chose. Mais cela ne s’arrête pas là : car ici on veut de la tranquillité, et si notre héros l’entend très bien, il sera toujours trop bruyant. S’enclenche une montée de la paranoïa chez lui, victime de regards inquisiteurs et de coups anonymes à sa porte, entre autres choses. Tornade de tourments, spirale destructrice, vous voyez le topo.

Le trublion Topor nous délivre une histoire qui aurait pu sombrer dans une complète noirceur mais qui finit par nous faire rire par ses extravagances, et douter de sa réalité. Si tempête il y a chez notre héros, est-elle effective ou mentale ? C’est bien dans le traitement de la psychose de son personnage principal que se situe tout le sel de ce court roman finalement jubilatoire. Il y a du Kafka là dedans, bien entendu. C’est également annonciateur de toute l’œuvre (plus atone, moins foncièrement comique) de Jean-Pierre Martinet (qui l’a forcément lu et adoré, à notre humble avis).

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