“La femme qui boit” de Colette Andris (L’Imaginaire Gallimard, 2023)
Littérature française éblouissante et (quand même un peu) oubliée.
En 2021 on lisait enfin Hélène Bessette.
En 2022 on découvrait ébahi Catherine Guérard.
En 2023 c’était au tour d’Henriette Valet.
Puis en 2024, la suissesse Alice Rivaz.
Merci au Nouvel Attila, au Chemin de Fer, à l’Arbre Vengeur et à Héros Limite pour ces belles rencontres.
Cette année, on a croisé le chemin de Colette Andris, chez l’Imaginaire Gallimard qui n’a plus à prouver la qualité de sa sélection éditoriale.
Il serait trop simple de dire que Colette Andris avec ce livre adresse un sujet tabou qu’est celui de l’alcoolisme chez les femmes. On ne dira bien entendu pas qu’elle ne le fait pas. Mais « La Femme qui boit » va s’aventurer au-delà du territoire du roman social pour embrasser son sujet avec honnêteté, lucidité, mais également tendresse et compassion. Et l’embrasser de la manière la plus intime qui soit : en nous mettant dans la peau de sa protagoniste principal.
Découpé en courts chapitres, ce petit livre d’une cent-cinquantaine de pages fait le portrait de Guita, cette jeune femme portée sur la boisson donc, habitant des petits bouts de son quotidien, ses relations intimes et amicales. La grande force du livre réside selon nous dans la manière dont Colette nous immisce dans le flot de pensées de son héroïne au point de nous faire expérimenter un état d’ébriété à la lecture de certaines de ses séquences. Du reste, ce livre, jonglant entre cruauté et délicatesse, nous dévoile une plume magnifiquement humaine, habitée d’une sensibilité qui palpite, d’une sorte de détresse joyeuse.
« La Femme qui boit » est un livre unique qui nous fait passer un moment privilégié avec l’une des plus belles voix oubliées de la première moitié du vingtième siècle. Elle nous quittera malheureusement bien trop jeune, à l’âge de 34 ans en 1936.