“Lâche ton cul camarade ; La Panthère Bleue” de Nicole Bley (Le Dilettante, 2025)
Vous voulez du militant, de l’engagé, de l’enragé, du percutant ? Arrêtez-vous !! Nicole Bley vole à votre secours.
Si Nicole n’était pas une écrivaine, si Nicole vivait parmi nous, bon déjà elle exploserait de rage face à ce que son monde est devenu, mais elle serait surtout combattante de muay-thaï, véloce, affûtée, qui ne finit ses matchs que par KO. Nous sommes KO.
Si Wittig peut nous écraser par la puissance qu’elle convoquait en 1969 dans ses « Guérillères », Nicole, quant à elle, sort les couteaux de cuisine et pratique le haka tout en se mordant la langue jusqu’au sang. Loin d’être dans l’intimidation pure, les textes de Nicole Bley sont des brûlots comme on en lit rarement, roulant à 300 à l’heure sur le monde bourgeois qu’elle désire zigouiller, des plus grands artistocrates bien entendu jusqu’aux, plus surprenant, membres du MLF (qu’elle ne porte pas dans son cœur).
Lire Nicole Bley c’est lire la débrouille qui se défend. Porte parole des laissés pour compte qui ne laisseront pas si facilement leur part du gâteau. Nicole appelle à la révolution, la vraie, celle qui sera imprévisible et qui arrivera, PAF, comme son poing dans notre mâchoire.
Mais ne réduisons pas Nicole Bley à sa rage salvatrice car d’un point de vue littéraire elle excelle dans tous les registres. Humaine comme pas deux, pétrie d’une compassion affolante, révoltée par l’injustice et d’une élégance rare quand il le faut, elle a l’œil pour croquer en deux mots bien sentis des situations déchirantes.
En croisade contre la virilité, le prêt-à-penser, les donneurs de leçons, les chiffes molles et les grands parleurs… on sera beaucoup à prendre pour notre grade à la lecture de ses petits articles qui grattent et démangent là où mine de rien il est salvateur que cela se produise.
Quand a son unique roman sur la face A du livre : il est aussi populaire qu’il a le feu au cul. Aussi bienveillant qu’il n’est acrobatique dans sa langue. Bien acide comme il faut contre ses adversaires principaux, c’est du Denis Belloc période « Kepas » plus remonté, couteau à la ceinture si ce n’est entre les maxillaires, prêt à saucissonner son monde, avec sa bonne dose de subversion en rab.