“Même les morts” de Juan Gomez Barcena (mf, 2025)
Immense texte.
La claque de notre rentrée littéraire, personne n’en parle. Et pourtant. Et pourtant, « Même les morts » de l’Espagnol Juan Gómez Barcena, traduit par Adrienne Orssaud, est un caillou rustique, d’une beauté brute et frontale, qui a traversé le désert, la faim, la soif, les âges, les lieues, les guerres, les rafles. Un petit grand machin de rien du tout qui nous explose à la tronche, que nous n’avons pas envie de lâcher.
« Même les morts » c’est Juan, ancien conquistador espagnol au repos, lancé sur les traces de Juan, caractérisé comme « Indien », prêcheur dévot jusqu’au bout des ongles qui est parti évangéliser son monde, en poussant peut-être le bouchon un peu trop loin mais en fascinant chaque personne qui croisa sa route.
Ce quatrième roman de l’Espagnol commence comme un très bel hommage à « Au Cœur des Ténèbres » de Joseph Conrad, chef d’œuvre de la littérature sombre comme de l’onyx, jusqu’à se métamorphoser en sa propre bestiole, qui nous ronge autant qu’elle nous fascine. On la suivrait jusqu’au bout de la Terre, indéfectiblement vers le Nord, dans ses réflexions sur l’humain, la piété, la ferveur et les ravages des croyances et de la mission coloniale.
Juan recherche Juan, dit le Petit Père, dit le Patron, jusqu’à frôler la mort à plusieurs reprises, dans une voyage étiré à travers les époques, du seizième siècle à nos jours. C’est un livre sur le temps donc, celui qui se répète mais progresse inexorablement. Juan recherche-t-il un homme ou son double ? Dans un monde désolé où tout fait signe, où les traces ne manquent pas, il manque toujours un corps palpitant, palpable.
Ce livre est un bonheur de périple en somme qui se mute pour le lecteur en une quête métaphysique et personnelle sur ses propres aspirations, et la route qu’il donne à sa propre aventure qu’est la vie.
« Même les morts » est un des tous meilleurs livres que nous ayons lus cette année, dans cette poignée de bouquins que nous recommanderons pendant encore longtemps. Merci Juan, Adrienne, et merci les éditions MF.